Voyages..

Jeudi 8 octobre 2009

Juillet 1960…

 

 

 

Promenade des Anglais….

 

j’en avais vu des photos
mais elles étaient très loin
de la féerique réalité
que j’avais sous les yeux..

 

A vivre depuis toujours
dans les brumes du nord ,
seule une imagination débordante
pouvait donner une vague idée de la réelle existence d’un tel endroit .

 

Je me pince pour être sûr de ne pas rêver…..
nous déambulons au milieu d’une foule bronzée multicolore ,
tout respire richesse et joie de vivre .
Derrière un parapet ourlé d’une rangée de palmiers ,
au-delà du tapis de parasols qui couvre le littoral en contrebas ,
toute cette eau céruléenne limitée par l’horizon…..c’est la Méditerranée…

Immobile reflet scintillant de l’immensité d’un ciel lumineux ,
sans le moindre nuage pour troubler sa parfaite limpidité..

 

La côte d’Azur ,
une définition qui prend tout son sens tandis que je m’emplis les yeux ,
le nez , les oreilles , le corps tout entier d’une cascade de fabuleuses sensations…

 

Nous nous sentons un peu perdus et vaguement effrayés ,
noyés dans une cohue et une agitation tellement nouvelle ,
légèrement étourdis comme à la descente d’un manège ,
il nous faut penser au futur immédiat.

 

Venir en stop jusqu’ici , c’était relativement facile ,
dénicher une voiture qui accepte de nous amener jusqu’à Lantosque ,
quelque part , on ne sait trop où , dans l’arrière pays ,
risque de l’être beaucoup moins.
D’un commun accord nous décidons de trouver quelqu’un
qui nous indique le chemin de la gare routière…

 

C’est ainsi que nous nous retrouvons vautrés
sur les coussins défraîchis d’un vieil autocar brinquebalant ,
les sacs sur le toit ,
à zigzaguer sur le tracé hasardeux d’une route étroite
encaissée entre muraille et précipice ,
à traverser tunnels suintants et ponts minuscules sur des lits de galets .
Le paysage est grandiose , j’en oublie d’avoir peur ,
ignorant les périls d’un parcours de montagnes russes qui frise le rocambolesque..,
nous avons l’émerveillement naïf de deux enfants nécessiteux
devant un gigantesque arbre de Noël…

 

A la sortie d’un dernier virage ,
le vieux bus s’immobilise dans un soupir plaintif et déchirant
sur une placette cernée de bancs publics
où des vieillards appuyés sur leur canne , assis à l’ombre de marronniers séculaires ,
nous regardent avec curiosité sauter dans la poussière
et charger péniblement nos sacs sur les épaules.

 

Nous sommes les seuls à descendre à cet arrêt ,
dans un inquiétant tremblement de la totalité de sa ferraille usée ,
le car donne deux longs coups d’avertisseur et disparaît dans un énorme nuage jaunâtre en direction de Saint Martin-Vésubie…..
Lantosque…nous voilà pratiquement au bout de nos peines…




 

 

Par Bottle
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Mercredi 7 octobre 2009

  Moiteur
  de ma dernière journée Indienne..

 

  Touffeur d’une fin d’après midi
  de septembre dans la cacophonie
  grouillante et bariolée de New Delhi….

 

A traîner dans la poussière mouvante de Connaught Place ,
le rendez-vous de tous les paumés venus d’ailleurs en quête d’exotisme
ou d’un hypothétique nirvana…...
lieu de rencontre des routards du monde entier , c’est là que tout commence…..
c’est là que tout se termine…....
j’erre le nez au vent pour m’imprégner une dernière fois
et pour toujours d’une ambiance qui ne sera bientôt plus qu’un souvenir..

 

Au hasard de ma déambulation
mes pas me conduisent sous le semblant de fraîcheur
des arcades d’une avenue voisine…...
je tombe en arrêt devant la vitrine d’une boutique au charme victorien……
RIKHI RAM  en onciales jaunes peintes au-dessus de la porte…..
derrière la vitre au milieu d’un fouillis d’instruments de musiques locaux ,
une grande photo des Beatles en compagnie de Ravi Shankar…
je comprend qu’elle a été prise en ce même endroit….
et que ce magasin  eut le grand privilège de superviser leur période Indienne..…

 

Je pousse la porte…
et pénètre la pénombre feutrée en contraste total avec l’aveuglant raffut du dehors….
au fur et à mesure que mes yeux s’habituent à la semi obscurité
je distingue graduellement sous d’autres agrandissements
de George Harrison et John Lennon  des rangées de Sitars magnifiques…
immenses…délicatement ciselés , marquetés de dentelle nacrée…
du grand art……il m’en faut un….....
je ne pense pas un instant au problème de voyager avec un pareil objet…
je ne résiste pas à l’impulsion…..je caresse le bois verni…
je passe les doigts sur les cordes pour sentir les vibrations…
je me laisse séduire par celui qui me semble le plus beau…
je l’imagine trônant dans mon living parisien...
tout à ma fascination je n’ai pas pris conscience immédiatement
d’une présence silencieuse auprès de moi…..
un indien que je pense vendeur en costume de soie vive
me prend doucement des mains l’objet de mon émerveillement….
il en tire du bout des ongles un son étrange et envoûtant….
le remet en place….reprend le manège avec un second…
puis un troisième…un quatrième qu’il fait résonner tout contre son oreille…
il pose sur moi son regard ténébreux….

 

-          Prenez celui-ci , Monsieur , c’est le meilleur –

 

Subjugué , je me range à son choix sans discuter…..
il m’accompagne auprès du maître des lieux
qui le glisse dans une housse de toile bariolée…..
tandis que je paie mon acquisition il me tend un rectangle cartonné en me disant…..

 

- Si vous aimez la musique de mon pays…il ne faut pas rater le concert de ce soir.. »

 

 Je jette un rapide coup d’œil sur l’invitation ,
le remercie , la glisse dans ma poche
et tandis qu’il me tient la porte ouverte ,
me replonge dans la fournaise , mon imposant paquet dans les bras….

 

Il fait nuit…
je termine mon dernier tandoori sur le sol Indien…..
demain à cette même heure je volerai vers Paris…..
je plonge une main dans la poche de ma chemise pour régler l’addition…
je sors le carton du vendeur de sitar avec mon portefeuille…..

Je ne comprend rien de ce qui est inscrit….
je le montre au patron du restaurant qui à force sourires et courbettes
m’indique le chemin à suivre pour me rendre au concert…ce n’est pas très loin…. ;

 

Quelques minutes de marche et je débouche sur une place
devant la façade illuminée de ce qui ressemble à un théâtre…
une foule blanche très nombreuse se presse sur les marches qui conduisent à l’entrée….
une énorme affiche au-dessus…..je reconnais sur l’image mon vendeur qui me sourit…….

 

 »Grande soirée exceptionnelle…
ce soir pour une unique représentation…
la star internationale du Raga…........
PRAMOD KUMAR….


 



 

 

 

Par Bottle
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Lundi 5 octobre 2009

Hier à cette même heure , c’était déjà l’hiver..

Le ciel  gris ardoise…

la pluie ruisselle sur les vitres et crépite sur les tuiles…

La lampe nimbe d’orange le foutoir du bureau  ,

repoussant comme elle peut l’obscurité et les idées sombres…

 

Je pense au Maroc……

je m’interroge sur ce qui subsiste

de mes impressions de l’endroit…

j’essaie de me remémorer l’été 78…

la R16 de location et les kilomètres avalés…

curieusement il ne m’en reste pas grand-chose…

j’ai regardé mes photos de l’époque , 

comme si elles avaient été de quelqu’un d’autre….un beau livre d’image….

premières vacances de tourisme « classique »…

après des années de découvertes épicées aux antipodes….

le dépaysement n’était pas au rendez-vous…

j’étais probablement devenu trop difficile…

il nous fallait sans cesse sortir des sentiers battus pour traquer l’émotion.....

échapper à l’artificiel d’une ambiance entièrement conçue pour attirer une clientèle en mal d’exotisme….

ça sonnait faux….

l’impression d’évoluer parmi des acteurs recrutés pour prendre la pose…

aussi vrais que les peintres de la place du Tertre....

mitraillés toute la journée par des milliers d’objectifs….….

une seule idée……tailler la route……

fuir pour échapper aux concentrations hôtelières...

aux grappes de gosses quémandeurs...

aux palaces pour troisième âge….

suivre la côte et descendre le plus loin possible vers le sud…

se rendre compte que l’été est pourri cette année là en bord de mer……

des paysages de novembres bretons aux portes du désert………

à défaut de bons souvenirs , ça peut toujours faire de bonnes photos…..

non…ce ne fut pas mon voyage préféré….

peut-être devrais-je y retourner pour le refaire sous un autre angle…...

avec moins d’exigences….

ceci dit….j’en ai quand même ramené de bien belles  images…

 

 

Réédition





Par Bottle
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Mardi 2 juin 2009




   Un regard baladé à travers le monde…..
pendant des années…
des milliers d’autres regards….
croisés…effleurés….caressés…frôlés…furtifs…volés….agressifs….vindicatifs…amicaux..indifférents…curieux…effrayés….
des milliers de messages muets…
des fractions d’instants d’une intensité sans pareille…
éclairs magiques arrachés au néant….
petits miracles au millième de seconde…
traces sur pellicules  de vies inconnues….
passées….depuis longtemps….
fragiles témoignages d’un autre temps…d’autres lieux…
pas tout à fait oubliés…..
comme une improbable évanescente rémanence  rétinienne…



 

Par Bottle
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Mercredi 29 avril 2009

Photo Steve Marks


L’avion plonge

dans l’océan de verdure que nous survolons depuis deux heures , nous frôlons la cime des arbres……à travers le hublot , je vois le bout de l’aile à quelques mètres des branches et des lianes…nous roulons sur une piste de terre tassée  dans une trouée de la forêt vierge….une grande allée dans la pénombre d’un sous bois….

 

 Tôt ce matin nous étions une cinquantaine , à l’aéroport de Guatemala city , nous avions choisi l’avion pour nous rendre à Tikal , la plus belle des métropoles religieuse du monde Maya , en plein cœur de la jungle du Peten à environ cinq cent kilomètres au nord de la capitale . J’avais abandonné l’idée du bus , manque de temps , effrayé aussi par la perspective d’ interminables  heures à cahoter sur d’improbables pistes forestières.

 

L’avantage de Tikal sur les autres sites visités au Mexique c’est précisément son isolement , perdue loin de tout elle est relativement épargnée par le tourisme de masse peu propice au développement de la rêverie et du mystère qu’on serait en droit d’attendre de tels lieux.

 

 …..Le silence ponctué d’inquiétants craquements et de cris d’animaux indéfinissables…le groupe s’est égayé à droite et à gauche et je me retrouve seul à respirer les odeurs d’humus et de mousse des pierres branlantes….vestiges grandioses dans leur gangue de terre et de racines , énorme tête grimaçante au détour d’un sentier….pyramide de lichens noyée de brume au milieu d’une clairière….j’ai l’impression d’être le premier….aventurier…..sorti tout droit de l’album de Tintin et les Picaros….

 

Guatemala Août 77

 

Par Bottle
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  • : .....Bottle..
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  • : Ainsi va le temps...ainsi va la vie...pour le pire et le meilleur......si je devais avoir un fil rouge , il tiendrait dans les mots suivants : "Désir que l’envie se marie au besoin… que le passé se conjugue au futur… le présent au plus que parfait… que l’imparfait ne soit qu’indicatif… et le conditionnel jamais impératif………"
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